Mes coups de cœur

Collectif 15 – l’union fait la force

Un collectif de 15 auteurs – dont je fais partie-  a réalisé un livret autour du thème des premières lectures.
Le livret est en lecture gratuite sur monBestseller.com.
https://www.monbestseller.com/actualites-litteraire/12695-collectif-15-lunion-fait-la-force

Bonne lecture en attendant la sortie du confinement.
Chaleureusement,
Sylvie Etient

ERRANCES D’UN PANTOUFLARD

Benjamin JOUTTEUR

Sur fond de folklore des seventies, l’initiation à la liberté d’un jeune homme de 19 ans, empêtré dans ses contradictions, qui refuse de s’engager aussi bien dans l’armée que dans la vie. Il prend la route comme Kerouac avant lui, escorté par la voix de Jacques Brel, l’Ami si fréquenté qu’il est devenu l’une de ses voix intérieures. La poésie de Brel s’invite en toute circonstance- toujours à point nommé- pour venir dialoguer avec Yohann pour le plus grand plaisir du lecteur. Au menu de ce périple initiatique : joies de l’amour libre et des pétards, en immersion dans une communauté hippie foisonnante de personnages hauts en couleur. Mais je serais prête à parier que sa rencontre la plus marquante, son vrai coup de foudre, sa passion durable, c’est la kawa 900 avec laquelle il est reparti, on the road again. J’imagine le narrateur, quelques décennies plus tard, à plein gaz sur une route goudronnée, en route dans sa tête vers les Marquises. Une autobiographie romancée qui se lit d’une traite. Brel serait content!

La chute de Jan de Lisa Giraud Taylor

J’ai rencontré Lisa pendant le salon des Indés pendant le confinement et depuis, on ne se quitte plus…même si on ne s’est encore jamais rencontrées en vrai! Merci ZOOM!

Lire un auteur c’est une manière de le connaître mieux.C’est ce que j’ai fait en lisant ce roman qui a été publié récemment, et je souhaite partager ma lecture avec vous.

Septembre 42 : Jan va retrouver son frère ainé, Karl, le temps d’une permission et va partir lui-même sur le front de l’est à Stalingrad.

Il sait qu’il y part pour y mourir et n’en reviendra pas.

Que le lecteur ne s’y trompe pas, l’intérêt du roman ne réside pas dans le suspense autour de la mort de Jan mais dans le récit de l’engrenage qui a conduit ce jeune homme de la haute bourgeoisie allemande à devenir un SS.

L’intérêt du roman, c’est le retour de Jan sur sa courte vie et le constat d’un gâchis absolu, irrattrapable dont la mort est le seul dénouement envisageable à ses propres yeux.

Jan raconte pour son jeune frère, Gerhart, né en 1930 les années heureuses de la famille puis la descente dans l’entonnoir, de chacun des membres de la famille qu’ils soient opposés au régime nazi, comme Karl ou le père, ou au contraire dans l’adhésion au programme nazi, par conditionnement, pour Jan et Gerhart ou par opportunisme pour la mère. Il veut laisser à son frère son témoignage du lent naufrage d’une famille qui vivait heureuse, et dont les enfants avaient pour amis des enfants juifs, avant. Avant Hitler et sa clique.

J’ai aimé le parti courageux de l’auteure de se mettre dans la peau d’un jeune nazi, que ce soit lui qui porte un regard sur sa culpabilité, et que ce soit lui-même encore qui se juge et se condamne. J’ai aimé la manière dont il est montré comment on choisit sans choisir, de glissement en glissement, de silence en non-dit, de petite lâcheté en grande trahison, comment on refuse de voir ce qu’on a pourtant sous les yeux mais qu’il est trop insupportable de confronter. Comme l’expulsion des sœurs Rosen de leur appartement et leur disparition dans les camps de la mort. L’innocence des juifs qu’il extermine sans état d’âme lui apparaîtra soudain à travers le visage d’une petite fille blonde.  La confiance lue dans le regard de la petite sur le point d’être assassinée dynamite sa cécité et lui révèle qu’il est un assassin au service du mal. Le visage de la petite fille blonde, c’est l’irruption de sa conscience, et sa chance de se ré humaniser avant de disparaître.

On ne s’ennuie jamais en lisant la saga de la famille Von Radovitz  avec une galerie de personnages hauts en couleur, et on rafraîchit au passage ses notions d’histoire.