Cerise Guy

La sélection du mois de monBestSeller pour son roman :

L’homme qui n’existait pas

Vidéo de l’interview

Résumé du livre

Barberine, fragilisée par des deuils et des séparations, veut croire à la renaissance de son histoire avec Adolphe, lequel, contre toute attente, reparaît dans sa vie. Elle est grisée par tous les mots d’amour, et les poésies qu’il lui envoie chaque jour. S’installe alors une relation qui devient très vite inconfortable, frustrante et tristement aliénante.

Ici, il n’est pas question de vol d’argent ou de tromperie, mais de mystères, d’absences, de rendez-vous manqués qui débouchent vite sur un constat : Barberine s’est fait voler son âme. Autour d’elle, gravitent des personnages attachants disposés à l’aider à ouvrir les yeux. Comme Robert, son ami bistrotier, devenu alcoolique. Sa tante Hélène, productrice à la radio. Sa sœur mal aimée. Piotr, son cousin russe. Son mari disparu, qui refait surface. Un boucher vulgaire. Et une inconnue qui lui révélera l’invraisemblable réalité.

L’auteure

Sans doute parce que je fais du théâtre, les mots ont toujours été des amis très proches. J’aime les dire, les prononcer et je les chéris avec attention. J’aime lire les auteurs qui ont une façon particulière de raconter des histoires, en mélangeant le tragique avec des pointes d’humour. Ceux qui m’ont inspirée sont : Barbey D’Aurevilly, Emile Ajar, Jean Paul Dubois, Hervé Le Tellier et sans oublier bien sûr Marivaux, Musset, Racine et tant d’autres !

Être sur les planches, exprimer des sentiments, vivre dans la peau d’une autre, le temps d’une représentation en direct devant un public m’a longtemps comblée. J’ai traduis et adapté des pièces principalement anglaises, américaines ou irlandaises. Personne n’est parfait, Si j’étais diplomate, Bed and breakfast, Et je me suis attelée à l’adaptation de Anna Karenina ( dont j’ai fait la mise en scène) et La Locandiera, toutes ont été éditées, et jouées dans des grands théâtres parisiens.

Puis s’est présentée l’envie de raconter les histoires qui me traversent l’esprit. L’écriture du roman est donc venue dans un deuxième temps ; elle est le fruit d’un long processus.
J’ai commencé par suivre les conseils d’un éditeur, ce qui m’a conduit à reprendre da capo l’écriture de L’homme qui n’existait pas. S’en sont suivis des mois d’écriture et de réécriture. J’étais enragée, je voulais le finir ce roman, et le réussir. J’ai également suivi un atelier d’écriture pour m’aider à perfectionner la version finale.

Extraits l’Homme qui n’existait pas

J’avais vingt-quatre ans, et la vie me souriait. Un mari gentil et un bon boulot. Pas d’enfant. Je n’en souffrais pas, car nous avions son fils, Émile, à élever. Tout se passait en harmonie, sans crise majeure. Enfin, c’est ce que je pensais. Dois-je admettre que Molière a raison lorsqu’il écrit : « Douze années de mariage épuisent les paroles, et depuis un long temps, nous nous sommes tout dit ». Étienne m’avait sans doute déjà tout dit… Moi pas. Je lui racontais le vent, la pluie, les étoiles filantes, les devoirs d’Émile, les lucioles, la machine à laver en panne, un livre lu, le camélia qui jaunit par manque d’eau, la lune rousse, les embouteillages, les heures supplémentaires, les vacances chez des amis et le pâté en croute que j’allais cuisiner.

*

Je ne bouge pas du canapé. Étienne entre, l’air d’un vieux marin fatigué qui chercherait un bar sympa pour s’écrouler après un coup de trop, et peine à dire un « Bonjour » quasiment inaudible. Je pense que j’ai les yeux blancs de colère, et n’arrive pas à le reconnaître. Il arbore une grosse barbe épaisse grisonnante, porte des lunettes de vue ordinaires, les cheveux longs, habillé d’un vieux jean et un blouson en simili cuir, et boite encore plus. Il est devenu très moche, dégradé, méconnaissable, si loin de son allure distinguée que je lui reconnaissais de mon temps. La vision de mon « mari » me fait l’effet d’un jet d’eau glacé sur le visage. Il s’avance vers moi dans un long silence pesant pendant qu’Émile, se sentant totalement responsable de cette situation, et Élodie collée à lui, se sont mis à l’écart et retiennent leur respiration. Et si tout tournait mal ??? Que va faire Barberine ? Étienne s’approche de moi. Je ne fais aucun geste. Il se penche pour m’embrasser, mais je tourne le visage. J’entends juste un murmure : « Pardon ». Je n’arrive pas à desserrer les lèvres pour répondre, je sens que je vais vomir sur le tapis du salon. Les grandes émotions retournent l’estomac, c’est connu. Je finis par le regarder fixement, effrontément, avec des yeux dédaigneux, en retrouvant l’énergie des femmes trompées qui veulent montrer avec fierté être de nouveau sur pied. Étienne ne fait plus partie de ma vie depuis longtemps. Peu m’importe son pardon. Seul Adolphe,

par la pensée, m’aide à l’affronter avec calme.

Isabelle Blondeau

Sélection du mois monBestSeller pour son roman :

Le complexe du homard adulte

Résumé du livre

On se cherche, on doute. Alors on attaque.
Charline mène une vie dissolue ; elle est détestable. Une façon de tenir les autres à distance, ou peut-être est-ce elle-même qu’elle punit ?
Dans son exosquelette ramolli par l’amertume, une brèche, infime. Mais lui l’a vue : un homme qui souhaite rester anonyme bouscule Charline à grand renfort de messages belliqueux.
Alors pourquoi y prend-elle goût ?
Vulnérable comme jamais, Charline va devoir se noyer un temps pour mieux refaire surface. Et qui sait, peut-être trouvera-t-elle enfin sa carapace définitive ?

L’auteure

Originaire d’Angers, Isabelle Blondeau est une enseignante passionnée
par son métier dans lequel elle transmet son amour des Lettres. Jamais sans une idée de scène, de dialogue, ou d’intrigue en tête, l’écriture joue un rôle vital pour elle : celui d’exorciser les deux facettes de sa personnalité. Si dans la vie, elle ne se défait jamais de son sourire, ses écrits sont le reflet d’un débat interne plus sombre, un moyen de problématiser les émotions et les relations humaines dans ce qu’elles ont de plus acéré et de plus impétueux.

Extraits du livre

Penchée au-dessus du lavabo, je me contemple dans une vérité sans ornement : comme tous les soirs où je sors, j’ai trop bu, trop abusé. Je me suis fourvoyée dans une folie bien banale : fuir par le moyen si facile de l’alcool, paradis artificiel pour des âmes en plein décrochage. Pas de gilet, je saute quand même.
Dans ces toilettes de bar, ça pépie derrière moi, ça volette sur des talons de grandes, ça va se soulager et ça hausse les sourcils en croisant mon air déconfit. Les vasques sont poisseuses d’un mélange de savon et de maquillage échappé des poudriers. Mes mains glissent, je vais finir par me
retrouver dans la position du crucifié, la tête entre deux vasques.
Je ne sais plus si je me suis lavé les mains, je ne sais plus combien de verres j’ai descendu. Tout est flou et pourtant si limpide.
Une chose est sûre : c’est mon anniversaire.

*

L’homme de qui je dois prendre congé n’a pas pris le temps de fermer les volets, ni même de cacher son alliance. J’ignore quelle est l’histoire de cet anneau, s’il est un symbole fort ou s’il est ce genre de bibelot qu’on laisse traîner dans une coupelle sur le meuble de l’entrée et qu’on garde par habitude, juste au cas où.
Les hommes mariés, c’est facile. Ça ne s’engage pas, ça n’embourbe pas ce qui n’avait même pas encore avancé.
Une étape, un port, dégustation incluse dans une croisière sans capitaine ni gouvernail.
Je me fonds dans une place qui n’est pas la mienne, un lit à mémoire de forme dans lequel ma silhouette se niche en image subliminale. Mais c’est là mon rôle, et je le joue à la perfection : je détruis ce qui était, puis je m’estompe.
Une tornade F5.