Daniel mauleine

Interview du mois pour monBestSeller

Sylvie Etient interview
Daniel Mauleine

Son roman, La folle persévérance de l’ourson d’eau ,sélection du mois de monBestseller pour participer au Prix concours qui sera décerné en décembre 2023.

Roman au titre énigmatique et poétique. C’est quoi un ourson d’eau?

Daniel Mauleine vous répond que c’est un tardigrade. Si, comme moi, vous ignorez ce qu’est un tardigrade, regardez la vidéo, l’auteur nous explique. Normal, c’est un prof.

De quoi parle son roman? D’amour et de résilience, de l’aspiration universelle au bonheur par le biais d’un héros ordinaire qui mène sa vie de prof de collège.

Cerise Guy

La sélection du mois de monBestSeller pour son roman :

L’homme qui n’existait pas

Vidéo de l’interview

Résumé du livre

Barberine, fragilisée par des deuils et des séparations, veut croire à la renaissance de son histoire avec Adolphe, lequel, contre toute attente, reparaît dans sa vie. Elle est grisée par tous les mots d’amour, et les poésies qu’il lui envoie chaque jour. S’installe alors une relation qui devient très vite inconfortable, frustrante et tristement aliénante.

Ici, il n’est pas question de vol d’argent ou de tromperie, mais de mystères, d’absences, de rendez-vous manqués qui débouchent vite sur un constat : Barberine s’est fait voler son âme. Autour d’elle, gravitent des personnages attachants disposés à l’aider à ouvrir les yeux. Comme Robert, son ami bistrotier, devenu alcoolique. Sa tante Hélène, productrice à la radio. Sa sœur mal aimée. Piotr, son cousin russe. Son mari disparu, qui refait surface. Un boucher vulgaire. Et une inconnue qui lui révélera l’invraisemblable réalité.

L’auteure

Sans doute parce que je fais du théâtre, les mots ont toujours été des amis très proches. J’aime les dire, les prononcer et je les chéris avec attention. J’aime lire les auteurs qui ont une façon particulière de raconter des histoires, en mélangeant le tragique avec des pointes d’humour. Ceux qui m’ont inspirée sont : Barbey D’Aurevilly, Emile Ajar, Jean Paul Dubois, Hervé Le Tellier et sans oublier bien sûr Marivaux, Musset, Racine et tant d’autres !

Être sur les planches, exprimer des sentiments, vivre dans la peau d’une autre, le temps d’une représentation en direct devant un public m’a longtemps comblée. J’ai traduis et adapté des pièces principalement anglaises, américaines ou irlandaises. Personne n’est parfait, Si j’étais diplomate, Bed and breakfast, Et je me suis attelée à l’adaptation de Anna Karenina ( dont j’ai fait la mise en scène) et La Locandiera, toutes ont été éditées, et jouées dans des grands théâtres parisiens.

Puis s’est présentée l’envie de raconter les histoires qui me traversent l’esprit. L’écriture du roman est donc venue dans un deuxième temps ; elle est le fruit d’un long processus.
J’ai commencé par suivre les conseils d’un éditeur, ce qui m’a conduit à reprendre da capo l’écriture de L’homme qui n’existait pas. S’en sont suivis des mois d’écriture et de réécriture. J’étais enragée, je voulais le finir ce roman, et le réussir. J’ai également suivi un atelier d’écriture pour m’aider à perfectionner la version finale.

Extraits l’Homme qui n’existait pas

J’avais vingt-quatre ans, et la vie me souriait. Un mari gentil et un bon boulot. Pas d’enfant. Je n’en souffrais pas, car nous avions son fils, Émile, à élever. Tout se passait en harmonie, sans crise majeure. Enfin, c’est ce que je pensais. Dois-je admettre que Molière a raison lorsqu’il écrit : « Douze années de mariage épuisent les paroles, et depuis un long temps, nous nous sommes tout dit ». Étienne m’avait sans doute déjà tout dit… Moi pas. Je lui racontais le vent, la pluie, les étoiles filantes, les devoirs d’Émile, les lucioles, la machine à laver en panne, un livre lu, le camélia qui jaunit par manque d’eau, la lune rousse, les embouteillages, les heures supplémentaires, les vacances chez des amis et le pâté en croute que j’allais cuisiner.

*

Je ne bouge pas du canapé. Étienne entre, l’air d’un vieux marin fatigué qui chercherait un bar sympa pour s’écrouler après un coup de trop, et peine à dire un « Bonjour » quasiment inaudible. Je pense que j’ai les yeux blancs de colère, et n’arrive pas à le reconnaître. Il arbore une grosse barbe épaisse grisonnante, porte des lunettes de vue ordinaires, les cheveux longs, habillé d’un vieux jean et un blouson en simili cuir, et boite encore plus. Il est devenu très moche, dégradé, méconnaissable, si loin de son allure distinguée que je lui reconnaissais de mon temps. La vision de mon « mari » me fait l’effet d’un jet d’eau glacé sur le visage. Il s’avance vers moi dans un long silence pesant pendant qu’Émile, se sentant totalement responsable de cette situation, et Élodie collée à lui, se sont mis à l’écart et retiennent leur respiration. Et si tout tournait mal ??? Que va faire Barberine ? Étienne s’approche de moi. Je ne fais aucun geste. Il se penche pour m’embrasser, mais je tourne le visage. J’entends juste un murmure : « Pardon ». Je n’arrive pas à desserrer les lèvres pour répondre, je sens que je vais vomir sur le tapis du salon. Les grandes émotions retournent l’estomac, c’est connu. Je finis par le regarder fixement, effrontément, avec des yeux dédaigneux, en retrouvant l’énergie des femmes trompées qui veulent montrer avec fierté être de nouveau sur pied. Étienne ne fait plus partie de ma vie depuis longtemps. Peu m’importe son pardon. Seul Adolphe,

par la pensée, m’aide à l’affronter avec calme.