Magali Carillo

Le livre du mois monBestSeller

Magali Carillo

pour son roman: Rock in Ryad

Le pitch du roman

Elle vit à Riyad.
Elle vole à bord des avions privés du gouvernement saoudien.
Elle plane un peu, elle est décalée, dissociée, addict.
Elle observe.
Elle observe et elle raconte.
Ca c’est une partie de sa vie. Il y en a d’autres, ailleurs. Dans le livre on la suit, elle et sa Tribu, à différentes époques dans divers lieux de la planète à différents âges.

L’auteure

Magali Carillo vit entre Paris et Singapour.
Elle a vécu, entre autre, à Riyad pendant 2 ans.
Elle observe les gens partout dans le monde au cours de missions secrètes en immersion. Pour ce faire elle prend des avions, des trains, des bateaux, des voitures, des motos et parfois même des camions. Elle observe et elle note.
Elle aime la concision, les fulgurances et le Métal. Rock in Riyad est son premier roman.

Extraits Rock in Riyad

Dubai International Airport

Tout dernier appel, les passagers à destination de Riyad sont priés de se rendre en porte 36 pour un
embarquement immédiat. Immédiat. C’est donc vrai, elle y est, maintenant il faut se lever et y aller.

Respirer un grand coup, ramasser son sac, monter le son pour se couper de la réalité encore un peu. Il ne lui restera bientôt plus que ça comme liberté.
Elle se lève et plonge dans sa nouvelle réalité.

Femme, jeune, agréable à regarder, Européenne, mais surtout et avant tout non voilée et non accompagnée d’un homme. D’un «guardian » suivant la terminologie requise.
C’est une impression ou tout le monde la regarde ?

Très très peu de femmes, elle est la seule à voyager seule et surtout la seule à ne pas encore baisser les yeux devant les regards pesants et incessants des
hommes qui la dévisagent sans gêne aucune.

Elle est dans l’avion. Elle est en fait déjà dans la réalité de l’Arabie Saoudite.
Elle commence à développer un trouble de l’attention, elle n’entend plus la musique dans ses oreilles et ne peut se concentrer sur rien ou presque. Ah si, quand même. Une gamine voilée de la tête aux pieds passe devant elle pour rejoindre son siège. Elle a des rollers sous son abaya. Drôle et pathétique petit fantôme noir.

Aux troubles de l’attention viennent s’ajouter des difficultés de déglutition et un goût salé dans la bouche.
Peur.
Le petit fantôme monté sur roulettes a regagné son siège, l’ensemble des passagers également.

Un dernier passager arrive. C’est son voisin, un Saoudien.

Cerise Guy

La sélection du mois de monBestSeller pour son roman :

L’homme qui n’existait pas

Vidéo de l’interview

Résumé du livre

Barberine, fragilisée par des deuils et des séparations, veut croire à la renaissance de son histoire avec Adolphe, lequel, contre toute attente, reparaît dans sa vie. Elle est grisée par tous les mots d’amour, et les poésies qu’il lui envoie chaque jour. S’installe alors une relation qui devient très vite inconfortable, frustrante et tristement aliénante.

Ici, il n’est pas question de vol d’argent ou de tromperie, mais de mystères, d’absences, de rendez-vous manqués qui débouchent vite sur un constat : Barberine s’est fait voler son âme. Autour d’elle, gravitent des personnages attachants disposés à l’aider à ouvrir les yeux. Comme Robert, son ami bistrotier, devenu alcoolique. Sa tante Hélène, productrice à la radio. Sa sœur mal aimée. Piotr, son cousin russe. Son mari disparu, qui refait surface. Un boucher vulgaire. Et une inconnue qui lui révélera l’invraisemblable réalité.

L’auteure

Sans doute parce que je fais du théâtre, les mots ont toujours été des amis très proches. J’aime les dire, les prononcer et je les chéris avec attention. J’aime lire les auteurs qui ont une façon particulière de raconter des histoires, en mélangeant le tragique avec des pointes d’humour. Ceux qui m’ont inspirée sont : Barbey D’Aurevilly, Emile Ajar, Jean Paul Dubois, Hervé Le Tellier et sans oublier bien sûr Marivaux, Musset, Racine et tant d’autres !

Être sur les planches, exprimer des sentiments, vivre dans la peau d’une autre, le temps d’une représentation en direct devant un public m’a longtemps comblée. J’ai traduis et adapté des pièces principalement anglaises, américaines ou irlandaises. Personne n’est parfait, Si j’étais diplomate, Bed and breakfast, Et je me suis attelée à l’adaptation de Anna Karenina ( dont j’ai fait la mise en scène) et La Locandiera, toutes ont été éditées, et jouées dans des grands théâtres parisiens.

Puis s’est présentée l’envie de raconter les histoires qui me traversent l’esprit. L’écriture du roman est donc venue dans un deuxième temps ; elle est le fruit d’un long processus.
J’ai commencé par suivre les conseils d’un éditeur, ce qui m’a conduit à reprendre da capo l’écriture de L’homme qui n’existait pas. S’en sont suivis des mois d’écriture et de réécriture. J’étais enragée, je voulais le finir ce roman, et le réussir. J’ai également suivi un atelier d’écriture pour m’aider à perfectionner la version finale.

Extraits l’Homme qui n’existait pas

J’avais vingt-quatre ans, et la vie me souriait. Un mari gentil et un bon boulot. Pas d’enfant. Je n’en souffrais pas, car nous avions son fils, Émile, à élever. Tout se passait en harmonie, sans crise majeure. Enfin, c’est ce que je pensais. Dois-je admettre que Molière a raison lorsqu’il écrit : « Douze années de mariage épuisent les paroles, et depuis un long temps, nous nous sommes tout dit ». Étienne m’avait sans doute déjà tout dit… Moi pas. Je lui racontais le vent, la pluie, les étoiles filantes, les devoirs d’Émile, les lucioles, la machine à laver en panne, un livre lu, le camélia qui jaunit par manque d’eau, la lune rousse, les embouteillages, les heures supplémentaires, les vacances chez des amis et le pâté en croute que j’allais cuisiner.

*

Je ne bouge pas du canapé. Étienne entre, l’air d’un vieux marin fatigué qui chercherait un bar sympa pour s’écrouler après un coup de trop, et peine à dire un « Bonjour » quasiment inaudible. Je pense que j’ai les yeux blancs de colère, et n’arrive pas à le reconnaître. Il arbore une grosse barbe épaisse grisonnante, porte des lunettes de vue ordinaires, les cheveux longs, habillé d’un vieux jean et un blouson en simili cuir, et boite encore plus. Il est devenu très moche, dégradé, méconnaissable, si loin de son allure distinguée que je lui reconnaissais de mon temps. La vision de mon « mari » me fait l’effet d’un jet d’eau glacé sur le visage. Il s’avance vers moi dans un long silence pesant pendant qu’Émile, se sentant totalement responsable de cette situation, et Élodie collée à lui, se sont mis à l’écart et retiennent leur respiration. Et si tout tournait mal ??? Que va faire Barberine ? Étienne s’approche de moi. Je ne fais aucun geste. Il se penche pour m’embrasser, mais je tourne le visage. J’entends juste un murmure : « Pardon ». Je n’arrive pas à desserrer les lèvres pour répondre, je sens que je vais vomir sur le tapis du salon. Les grandes émotions retournent l’estomac, c’est connu. Je finis par le regarder fixement, effrontément, avec des yeux dédaigneux, en retrouvant l’énergie des femmes trompées qui veulent montrer avec fierté être de nouveau sur pied. Étienne ne fait plus partie de ma vie depuis longtemps. Peu m’importe son pardon. Seul Adolphe,

par la pensée, m’aide à l’affronter avec calme.